Vous avez vu ces photos. Ces images de rue, spontanées, intimes, prises par des photographes qui semblaient invisibles. Ces portraits naturels où le sujet ne pose pas, où il vit. Et on vous a dit : "C'est pris au télémétrique."
Puis on vous a parlé des Leica. Des prix. Et vous avez rangé ce rêve dans un coin de votre tête.
Mais voilà : il existe une autre voie. Une porte d'entrée vers cet univers des appareils silencieux et discrets, qui ne coûte pas le prix d'une voiture d'occasion. Cette porte s'appelle Yashica Electro 35.
Qu'est-ce qu'un télémétrique ?
Avant d'aller plus loin, un petit point technique. Un appareil télémétrique est différent d'un reflex. Dans un reflex, vous regardez à travers l'objectif grâce à un miroir qui se lève au moment de la prise de vue. Dans un télémétrique, le viseur est séparé de l'objectif — vous regardez à travers une petite fenêtre à côté.
Les avantages ? L'appareil est plus compact, plus silencieux (pas de miroir qui claque), et le viseur reste dégagé au moment du déclenchement. Vous voyez exactement ce qui se passe.
L'inconvénient ? La mise au point se fait différemment. Vous superposez deux images dans le viseur jusqu'à ce qu'elles coïncident. C'est précis, mais ça demande un petit temps d'adaptation.
Le Yashica Electro 35 : portrait d'un classique
Le Yashica Electro 35 a été lancé en 1966. C'était l'un des premiers appareils à utiliser l'électronique pour contrôler l'exposition — d'où son nom. Plus de trois millions d'exemplaires ont été vendus, dans différentes versions, jusqu'à la fin des années 70.
C'est un appareil à objectif fixe. Vous ne pouvez pas changer l'optique — c'est toujours un 45mm f/1.7. Et c'est tant mieux. Cette contrainte vous libère. Vous arrêtez de penser au matériel, vous vous concentrez sur l'image.
Le 45mm est une focale magique. C'est proche de la vision humaine, assez large pour la rue, assez serré pour les portraits. Avec cette seule optique, vous pouvez tout photographier.
Caractéristiques techniques
Caractéristique | Détail |
Type | Télémétrique 35mm à objectif fixe |
Fabricant | Yashica |
Année de sortie | 1973 |
Production | 1973-1977 |
Format de film | 35mm (24×36mm) |
Monture | N/A (objectif fixe) |
Objectif | Yashinon DX 45mm f/1.7 (6 éléments) |
Type d'obturateur | Central Copal, électronique |
Vitesses d'obturation | 1/8s à 1/500s (automatique) |
Synchro flash | Toutes vitesses |
Modes d'exposition | Priorité ouverture automatique uniquement |
Posemètre | CdS, mesure moyenne |
Plage de mesure | EV 3 à 17 (ISO 100) |
Télémètre | Couplé, base 41mm |
Viseur | Télémétrique à cadre lumineux |
Sensibilité ISO | 25 à 1000 ASA |
Alimentation | 1× 6V (PX28, 4LR44) |
Poids | 750g (sans pile) |
Dimensions | 140 × 90 × 75mm (L×H×P) |
Prix actuel d'occasion | 60-120€ |
L'expérience Yashica
Utiliser un Electro 35, c'est redécouvrir la photographie.
L'appareil est silencieux. Vraiment silencieux. Le déclenchement est un souffle, un murmure. Vous pouvez photographier dans un café, dans une église, dans une réunion de famille sans attirer l'attention.
L'exposition est automatique : vous choisissez l'ouverture, l'appareil calcule la vitesse. Deux petites LEDs dans le viseur (une jaune "SLOW", une rouge "OVER") vous préviennent si quelque chose ne va pas. C'est simple, intuitif, efficace.
Et la qualité d'image ? Elle surprend. Le Yashinon 45mm f/1.7 est une optique d'une netteté remarquable, avec un bokeh doux et agréable. Des photographes qui possèdent des Leica avouent que leur Yashica produit des images tout aussi belles.
Les différentes versions
Il existe plusieurs versions de l'Electro 35 :
- Electro 35 (originale, 1966) : Le modèle de base, tout en métal
- Electro 35 GT/GSN (1968-1973) : Versions améliorées, GT en noir, GSN en chrome. Ce sont les plus recommandées
- Electro 35 GX (1975) : Version allégée, un peu moins solide
- Electro 35 CC (1970) : Version ultra-compacte, objectif 35mm f/1.8
Pour un premier achat, visez un GT ou un GSN. Ce sont les versions les plus équilibrées en termes de qualité et de disponibilité.
Les points à vérifier
L'Electro 35 est un appareil vintage. Voici ce qu'il faut contrôler avant d'acheter :
- Le pad de la pile : C'est le talon d'Achille de l'Electro 35. Les vieilles piles au mercure ont parfois coulé et corrodé les contacts. Vérifiez que le compartiment est propre.
- L'obturateur collant : Après des années d'inactivité, les lames de l'obturateur peuvent coller. Testez à plusieurs vitesses.
- Le télémètre : Les deux images doivent s'aligner correctement. Si elles sont décalées, l'appareil a besoin d'un recalibrage.
- Les mousses : Comme sur tous les appareils de cette époque, vérifiez qu'elles ne sont pas désintégrées.
Le problème de la pile (et la solution)
L'Electro 35 a été conçu pour fonctionner avec une pile au mercure de 5,6V. Ces piles n'existent plus. Mais pas de panique !
Plusieurs solutions existent :
- Adaptateur de pile : Un petit adaptateur qui permet d'utiliser des piles modernes LR44 avec la bonne tension
- Pile 4LR44 : Certains modèles fonctionnent avec cette pile de 6V, avec une légère différence d'exposition compensable
- Modification : Certains techniciens peuvent modifier l'appareil pour accepter les piles modernes
La solution la plus simple est l'adaptateur. On en trouve sur eBay pour quelques euros.
À qui s'adresse le Yashica Electro 35 ?
L'Electro 35 est parfait pour :
- Ceux qui veulent découvrir les télémétriques sans se ruiner
- Les photographes de rue qui cherchent la discrétion
- Les amoureux de la simplicité : un appareil, une focale, c'est tout
- Ceux qui veulent un appareil avec du caractère, une vraie personnalité
Il est moins adapté si :
- Vous avez besoin de changer d'objectif régulièrement
- Vous voulez un appareil purement mécanique (l'Electro dépend de sa pile)
- Vous n'aimez pas bricoler un minimum (le problème de pile, les mousses...)
Où l'acheter et combien ?
Prix indicatifs en 2025 :
- Electro 35 en état correct : 40-80€
- GSN/GT en bon état, révisé : 80-120€
- Avec sacoche d'origine, parfait état : 100-150€
C'est une fraction du prix d'un Leica CL ou d'un Canon P. Et pourtant, les photos n'ont pas à rougir.
Le mot de la fin
Le Yashica Electro 35 n'est pas un appareil parfait. Il a ses petites manies, ses fragilités, son âge. Mais il a quelque chose que beaucoup d'appareils n'ont pas : une âme.
C'est un appareil qui vous pousse à sortir, à regarder le monde différemment, à vous approcher de vos sujets. Un appareil qui vous apprend qu'une seule focale suffit, que les contraintes sont des libertés déguisées.
Et quand vous regarderez vos premiers tirages, cette netteté étonnante, ces noirs profonds, ces transitions douces... vous comprendrez pourquoi cet appareil a survécu à plus de cinquante ans d'histoire.
Bienvenue dans le monde des télémétriques.